đŹđ§ The English version of this interview is available here.
Perdu entre une zone industrielle et un coin de paradis au bord de la Siagne, câest Ă Mandelieu-la-Napoule que le collectif et festival Decadance s’est imposĂ©, depuis six ans, comme un acteur incontournable de la scĂšne Ă©lectronique indĂ©pendante en France.
Six annĂ©es durant lesquelles le collectif aura investi divers lieux, de son fief originel aux clubs parisiens, sâexportant mĂȘme jusquâen GĂ©orgie ou aux Pays-Bas le temps d’une soirĂ©e. Avec une identitĂ© musicale forgĂ©e Ă la croisĂ©e des arts et une programmation toujours pluridisciplinaire, Decadance a su crĂ©er en chaque Ă©vĂ©nement un espace de rencontre pour les artistes internationaux comme pour les talents Ă©mergents du Sud de la France.
Mais Ă lâaube de 2026, tout se rĂ©invente. La perte de leur terrain historique de Mandelieu aurait pu sonner le glas de l’aventure, mais c’est tout l’inverse qui se produit. De nouvelles opportunitĂ©s arrivent, portĂ©es par la richesse naturelle azurĂ©enne, et un renouveau s’annonce pour Decadance.
Aujourd’hui, son fondateur Sacha prend la parole pour raconter ses expĂ©riences, partager sa vision du futur et parler des personnes qui construisent Decadance depuis ses dĂ©buts. Il nous livre en bonus un podcast trĂšs personnel tirĂ© de ses archives, qui nous plonge tout en douceur au cĆur de l’identitĂ© sonore du collectif.
Pouvez-vous revenir sur les dĂ©buts de Decadance ? Quâest-ce qui vous a donnĂ© envie de lancer ce projet, et dans quel contexte cela a-t-il eu lieu ?
Au dĂ©but, on partait de rien, on avait pris lâhabitude de poser une paire dâenceintes au bout de la digue avec Karim, un ami proche et DJ du collectif. On sâĂ©tait pris de passion Ă jouer de longues heures dans ma chambre ou dans son appartement. On avait juste envie de partager notre musique, simplement.
Il faut aussi rappeler que lâoffre Ă Nice, Ă cette Ă©poque, et dâautant plus aujourdâhui, se limitait Ă un seul club et quelques Ă©vĂ©nements Ă©pars. Je pense quâon rĂ©pondait plus Ă un manque quâĂ une rĂ©elle ambition de porter un projet musical et Ă©vĂ©nementiel tangible.
Ăa a un peu commencĂ© aussi en accumulant de quoi monter notre soundsystem. Ăa nous a donnĂ© une certaine autonomie, et au final nous Ă©tions pratiquement indĂ©pendants pour dĂ©cider dâorganiser telle ou telle teuf Ă tel ou tel moment.

C’est un peu plus tard, en rencontrant Ali (Alich) et Ayoub (AyoâB) dans divers Ă©vĂ©nements, puis TĂ©o (Shin O) et Franck (le propriĂ©taire du terrain) Ă Mandelieu, quâon a dĂ©cidĂ© de fonder un vrai projet avec Isabelle (coordinatrice du projet) , Germain (le grand manie-tout) et Karim.
Et c’est encore plus tard qu’on dĂ©veloppera une identitĂ© sonore et visuelle propre Ă notre idĂ©al avec Louis et Antoine (Antwan Stk, graphiste pour Nostromo Ă sa crĂ©ation, Lumbago, ou encore 756). Un vrai collectif sâest créé, et les ambitions et visions communes ont donnĂ© une direction plus concrĂšte. Le noyau dur du collectif Ă©tait formĂ©, on a pu avancer en comptant les uns sur les autres.
Aussi, je pense quâintĂ©rieurement nous avions tous dĂ©jĂ quelque part dans nos tĂȘtes lâenvie ou le besoin de crĂ©er autour de la musique un univers dont nous serions les premiers enthousiastes. On sâest donc laissĂ© porter par notre propre mouvement, sans vraiment se poser de questions, tout en essayant dâapporter nos rĂ©ponses.
Lâhistoire du festival Decadance est intimement liĂ©e au site de Mandelieu, oĂč vous avez organisĂ© de nombreuses fĂȘtes mĂ©morables au bord dâune riviĂšre en pleine nature. Pouvez-vous nous raconter lâhistoire de ce lieu ? Dans quelle mesure incarne-t-il lâesprit de Decadance ?
Il est lâessence mĂȘme de la crĂ©ation de Decadance, tout dâabord en tant que collectif.
Quand jâai rencontrĂ© Teo, il voulait des conseils pour passer du contrĂŽleur Ă un vrai setup. De fil en aiguille on a pris lâhabitude de traĂźner chez lui, puis de vraiment prendre part Ă la vie de cette maison. Les Ă©vĂ©nements se faisant, on a toujours essayĂ© de porter les intĂ©rĂȘts du lieu avant tout. Il nous tenait Ă cĆur de lâamĂ©liorer autant que faire se peut, et surtout que chacun trouve sa place et prenne part aux dĂ©cisions importantes autant quâaux petites amĂ©liorations du quotidien.
Quant au festival, il ne devait pas Ă la base prendre vie Ă Mandelieu. Franck nous a toujours ouvert les portes Ă chaque dĂ©convenue, et il faut dire quâelles ont Ă©tĂ© nombreuses Ă chaque fois que lâon a tentĂ© dâorganiser un Ă©vĂ©nement en dehors de chez lui dans le 06.
Câest pour cela que le collectif et le festival sont intimement liĂ©s Ă cette maison, Ă cette riviĂšre, aux rencontres qui sây sont produites. Nous avons fait ce que lâon a pu pour que cet endroit reste un lieu de musique et de partage, un refuge pour les artistes et pour le public.
Depuis la crĂ©ation de Decadance en 2020, vous avez Ă©galement organisĂ© de nombreux Ă©vĂ©nements Ă Paris (PĂ©niche CinĂ©ma, Canal Barboteur, MarbrerieâŠ), mais aussi en GĂ©orgie et aux Pays-Bas. Est-ce que vous exporter en France et Ă lâĂ©tranger a toujours fait partie de votre ambition ?
Comme je te lâexpliquais, ce sont aussi principalement les membres du collectif qui ont dessinĂ© les ambitions.
PassĂ©es les premiĂšres annĂ©es et au retour Ă la normale de nos vies personnelles, nombreux dâentre nous vivant Ă Paris, il nous est apparu tout Ă fait logique dây organiser des Ă©vĂ©nements, et les rencontres ici et lĂ nous ont permis de voyager.

Marbrerie de Montreuil
On y a vite pris goût et certains sont restés gravés à jamais. Je pense particuliÚrement à une Péniche Cinéma avec DJ Tjizza, à une day party avec un line-up presque exclusivement composé de Lives au Dock B, ou à un b2b avec Ayo à Unum en Albanie pour ne citer que ceux-là .
Il semble Ă©galement y avoir un lien fort entre la scĂšne Ă©lectronique niçoise et la scĂšne marseillaise, comment sâest créée cette connexion ? Diriez-vous quâil sâagit en rĂ©alitĂ© dâune seule et mĂȘme scĂšne ?
Il faut dire que quand on a commencĂ©, lâoffre marseillaise ne ressemblait en aucun point Ă la scĂšne actuelle qui vibre aujourdâhui de mille feux.
Il nây avait que trĂšs peu de lieux diffusant notre musique, et quelques collectifs actifs. Un petit monde que lâon connaissait dĂ©jĂ bien avant de lancer nos Ă©vĂ©nements sur la CĂŽte, et pour lequel nous nous dĂ©placions souvent. Les allers-retours Ă©taient monnaie courante, des deux cĂŽtĂ©s, dĂšs le dĂ©part.
Ă cette Ă©poque, peut-ĂȘtre que lâon peut dire que Mandelieu-La-Napoule nâĂ©tait quâen pĂ©riphĂ©rie de Marseille. Mais Thibault Ă©tait alors Ă peine majeur, arborait fiĂšrement une teinture blonde et dĂ©couvrait les yeux Ă©bahis les accords sataniques de nos confrĂšres piĂ©montais. Autant te dire que les temps ont changĂ©, mĂȘme si je lâespĂšre, le lien dâamitiĂ© reste indĂ©fectible. Je croyais alors que nous formerions bientĂŽt une grande scĂšne, marseillaise, corse, italienne, lyonnaise et azurĂ©enne. JâespĂšre aussi que ce rĂȘve nâest pas Ă©teint et que tous autant que nous sommes, nous travaillerons activement en ce sens encore de nombreuses annĂ©es.
AprĂšs trois Ă©ditions rĂ©ussies, lâĂ©dition 2025 du festival a malheureusement dĂ» ĂȘtre annulĂ©e au dernier moment suite Ă une situation imprĂ©vue. Dans votre communiquĂ© dâannulation, vous aviez indiquĂ© que cet Ă©vĂ©nement vous obligerait à « repenser le fondement mĂȘme de la crĂ©ation de lâassociation. » Comment envisagez-vous aujourdâhui lâavenir de Decadance, et quâest-ce que cela implique pour la tenue dâune nouvelle Ă©dition du festival ?
Il faut bien avouer quâau bout de 7 ans de vie commune et de fĂȘte Ă Mandelieu, nous nâimaginions pas que cela prendrait fin un jour. Jâai peut-ĂȘtre Ă©tĂ© traversĂ© par un Ă©lan mĂ©lodramatique Ă ce moment-lĂ . Jâai cru que nous nâĂ©tions unis quâau travers de nos Ă©vĂ©nements, du festival, et que le collectif et donc lâassociation verraient leurs vies pĂ©ricliter lentement.
Cependant, câest en rĂ©alitĂ© un renouveau qui semble pointer le bout de son nez. Nous nous sommes restructurĂ©s, et sur le point de nous installer dans un nouveau lieu, quâil nous tarde de dĂ©voiler, avec bien sĂ»r toujours le mĂȘme objectif dây implanter un festival indĂ©pendant, reprenant les Ă©lĂ©ments essentiels des premiĂšres Ă©ditions, afin de proposer une fĂȘte libre mais responsable, et une musique explorant toujours un peu plus les confins du genre.
Pour en venir à la musique, de nombreux DJs et producteurs talentueux ont émergé de la communauté Decadance au fil des années. Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ? Avez-vous quelques morceaux représentatifs à nous partager ?
Il faut bien sĂ»r commencer par parler des piliers du collectif que sont Alich, AyoâB et TĂ©o/Shin O. VĂ©tĂ©rans de la premiĂšre heure, avec qui nous avons constituĂ© notre identitĂ© sonore et son Ă©volution au fil du temps.
On sâest aussi tout de suite senti trĂšs proches de Tibahuult (et Nathanael), qui sont devenus des incontournables trĂšs rapidement par la suite :
Et dans le but de toujours reprĂ©senter le 6-0 autant que possible, comment ne pas parler de Nutâs, Viktor Mercier et Wooka :
Bien quâĂ aucun moment lâon ne pourrait se targuer de leurs Ă©mergences, on pourrait parler aussi des lives de Paul Lution, Paul Tellimerg et P.O, de Dawidu, Felix, Nils et Solal et Gaga, de lâĂ©quipe de Risky Booking, ou encore de Lumbago, de PlanĂšte 51 ou dâOutcast Torino, la liste est longueâŠ
On est aussi trĂšs fiers dâavoir pu collaborer avec des collectifs qui nous ressemblent. Je pense particuliĂšrement au Technicentre qui nous ont permis dâorganiser des teufs fantastiques en Ile de France, mais aussi Ă Mad Gone ou encore Ă Kumquat, Gate 9, Locked In et Chat Noir pour leurs invitations.
Surtout, nous aimerions que tout le temps que nous avons consacrĂ© Ă recevoir des artistes, des musiciens, des performances en tous genres, ait permis au public de sây sentir sincĂšrement connectĂ© et Ă certains dây trouver une source dâinspiration, et pourquoi pas de porter le flambeau toujours un peu plus loin.
Vous avez lancĂ© lâannĂ©e derniĂšre le label Domus Creatio Divinatio, avec des morceaux de certains artistes parmi les plus emblĂ©matiques des soirĂ©es Decadance, comme Paul Lution ou AyoâB⊠Quelle est lâidĂ©e derriĂšre ce label, et pouvons-nous espĂ©rer de nouvelles sorties cette annĂ©e ?
LâidĂ©e est simplement de continuer Ă offrir aux artistes une plateforme pour sâexprimer et de permettre Ă la communautĂ© de rencontrer leurs talents.
Hier cela prenait la forme dâĂ©vĂ©nements, aujourdâhui dâun label, et demain pourquoi pas dâun endroit rĂ©el oĂč tous ces Ă©lĂ©ments pourraient se rassembler, pour crĂ©er et sây retrouver autant que possible.
Le label est donc la simple continuitĂ© de notre travail, et il nous est apparu logique de mettre en avant les artistes les plus emblĂ©matiques sur la premiĂšre release. Cela continuera sans aucun doute sur les prochaines sorties prĂ©vues que lâon devrait annoncer dans le courant de lâannĂ©e, oui.
Le 21 mars prochain, vous organisez une soirĂ©e au 109 Ă Nice avec le festival niçois REF. Comment est nĂ©e lâidĂ©e de ce projet commun, et envisagez-vous de continuer Ă collaborer sur des Ă©vĂ©nements par la suite ?
Nous avions organisĂ© lâanniversaire de nos 5 ans au 109 en avril 2025 pour notre premiĂšre fois dans ce lieu.
CâĂ©tait une bonne expĂ©rience, mĂȘme si la scĂšne Ă Nice pour ce genre dâartistes est encore Ă crĂ©er afin de fĂ©dĂ©rer le plus grand nombre. Câest pour cela que nous avons rĂ©pondu avec grand plaisir Ă lâinvitation du REF et de Panda de sây produire Ă nouveau, mais sous un autre format, avec des horaires mieux amĂ©nagĂ©s pour notre musique.
Nous soutiendrons autant que possible toutes les dĂ©marches visant Ă amĂ©liorer, agrĂ©menter et promouvoir lâoffre de la scĂšne locale. Nous rĂ©pondrons Ă toutes les invitations qui respectent nos engagements envers la musique et le public avec grand plaisir.
Le line-up sera composĂ© de Cabanne pour son grand retour Ă Nice, ainsi que de Wooka en live et des cofondateurs de Decadance Sacha et Teo. Un mot sur cette programmation et ce quâon peut attendre de la soirĂ©e ?
Notre programmation est depuis longtemps portĂ©e par Louis, cofondateur et directeur artistique de Nostromo, directeur artistique de Decadance et label manager chez Yoyaku. Nous devons beaucoup de rencontres, dâidĂ©es et de dĂ©cisions concernant nos programmations Ă sa vision de la scĂšne.
Accueillir Cabanne est fort symboliquement pour nous. Il a Ă©tĂ© une porte dâentrĂ©e dĂ©terminante vers certaines sonoritĂ©s, et il a façonnĂ© notre oreille lors de longs week-ends parisiens entre les hangars aux portes du pĂ©riphĂ©rique et Concrete. Nous sommes donc impatients dâĂȘtre aujourdâhui de lâautre cĂŽtĂ© de la scĂšne et dâen savourer chaque instant.
Wooka fait partie de cette gĂ©nĂ©ration prolifique et trĂšs talentueuse que nous nous efforçons de mettre en lumiĂšre depuis longtemps. Il sâinscrit dans une dynamique crĂ©ative sans concession, et toujours au service dâune musique pensĂ©e pour le dancefloor.
Quant à nous, comme à notre habitude, nous nous chargerons de porter tout le monde à ébullition afin que chacun soit dans le meilleur état pour profiter au mieux de cette programmation.
â â Un grand merci Sacha pour le podcast que tu nous as envoyĂ©s – que peux-tu nous dire sur celui-ci ?
J’ai intitulĂ© le mix “Intel Relief.”
Je lâavais enregistrĂ© en octobre 2024 avec quelques disques que jâaffectionne particuliĂšrement pour les rythmes quâils utilisent. Je rĂ©flĂ©chis rarement Ă ce que je vais jouer et jâagis plutĂŽt gĂ©nĂ©ralement au feeling. Pour la premiĂšre fois jâavais sĂ©lectionnĂ© des tracks pour lâinteraction quâelles pouvaient avoir entre elles, histoire dâavoir un long morceau dâune heure quand je dois travailler ou conduire sans savoir que je le rendrais public un jour.